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Article from iframagazine.com
Impression numérique : Interview d’Arved C. Hübler, université technique de Chemnitz
Prof. Dr. Arved Hübler se penche depuis des années sur le sujet de l’impression numérique en tant que professeur à l’université technique de Chemnitz, institut pour la technique des produits imprimés et des médias. Il a rédigé un Special Report de l’Ifra sur le sujet (3.32) et a dirigé une conférence de l’Ifra à Amsterdam en 2001 sur les possibilités et les limites de l’impression numérique pour les journaux. Les attentes étaient grandes à l’époque, mais la technique n’a pas beaucoup progressé depuis.
techniques de presse : L’impression numérique n’a pas répondu aux attentes, surtout en ce qui concerne le secteur de la presse journal. Ses possibilités ont-elles été surestimées ?
Arved Hübler : Cela dépend des attentes. Techniquement parlant, l’impression numérique s’est bien développée et fournit tout ce dont on a besoin pour les applications actuelles au point de vue qualité, flexibilité et fiabilité. Les prix se sont également améliorés. Mais que l’impression jet d’encre ou laser soit beaucoup plus chère que l’offset est évident vu la technique utilisée et c’est un fait connu depuis longtemps. Dans mon étude pour l’Ifra effectuée il y a cinq ans, j’avais indiqué qu’une modification de la relation entre les prix du numérique et ceux de l’offset ne pourrait pas avoir lieu avant 2020.
Le problème de l’impression numérique ne se situe pas au niveau de la technique, mais au niveau des applications. Il n’existe encore aucune idée de génie décrivant comment il serait possible d’appliquer ce concept pour apporter un service réel répondant aux besoins des lecteurs.
tdp : Quels progrès ont été réalisés ces cinq dernières années ? Et qu’est-il encore possible d’améliorer techniquement parlant, par exemple au point de vue de la vitesse ?
A. Hübler : La fiabilité des têtes d’impression à jet d’encre pose encore un problème majeur aujourd’hui. Elles sont souvent bouchées et doivent être nettoyées. C’est pour cette raison que la production à de grandes vitesses avec une haute résolution et une qualité acceptable est problématique. Les fabricants de têtes d’impression, par exemple la société Xaar, ont développé de nouveaux concepts intéressants. Si ces têtes haute performance deviennent des produits de série de haute précision et peu onéreuses qui ne coûtent plus que quelques euros au lieu de centaines, il sera alors possible d’augmenter le rendement de l’impression à jet d’encre par l’exploitation en parallèle de plusieurs machines. Le fait que Fujifilm ait racheté le fabricant de têtes jet d’encre Spectra (Dimatix), qui a développé un nouveau concept microtechnique, indique que la situation évolue dans ce domaine. Il sera bientôt possible d’augmenter le rendement des machines d’impression à jet d’encre. Les technologies d’impression laser ont aussi un grand potentiel de développement en matière d’augmentation de la vitesse d’impression.
tdp : Contrairement à l’offset où les coûts à l’exemplaire baissent proportionnellement à la quantité demandée, les coûts en impression numérique restent les mêmes quel que soit le tirage. Les calculs indiquent que l’offset est plus rentable à partir de 800-1 000 exemplaires. Un chiffre très bas pour les tirages de journaux. Cette situation évoluera-t-elle à l’avenir ?
A. Hübler : Non, mais l’impression numérique s’améliorera progressivement.
tdp : Les initiatives comme PersonalNews et improo, que vous connaissez certainement, ont déclenché ce qu’on appelle le journal individualisé. Que pensez-vous de ces concepts ?
A. Hübler : Ces concepts reprennent les anciens sujets bien connus sans que pour cela je puisse reconnaître l’émergence de nouvelles solutions. Un lecteur ne souhaite pas avoir un journal individualisé mais un journal de qualité. Il pourrait en effet être meilleur si les sujets traités étaient mieux adaptés aux centres d’intérêt du lecteur. Mais cela impliquerait davantage de journalistes pour le même nombre de lecteurs. Il s’agit ici non pas d’un problème technique, mais d’un problème économique. Je ne pense pas que reporter le travail actuel des journalistes, à savoir sélectionner les actualités selon des critères complexes, sur le lecteur qui influencerait sans une trop grande visibilité le contenu de son journal via un profil numérique, soit un très grand progrès.
tdp : Pensez-vous que l’impression numérique pour les journaux restera une application de niche à court terme ou êtes-vous plus optimiste et croyez-vous que cette technologie permettra de redéfinir le journal de l’avenir ?
A. Hübler : Toutes les grandes technologies innovatrices ont dû attendre une trentaine d’années avant de vraiment émerger, et si elles touchaient une chaîne à valeur ajoutée complexe ou une infrastructure de taille (comme celle des sociétés de presse) éventuellement plus longtemps. Et l’idée de l’impression à la demande n’a vu le jour qu’en 1988. L’impression numérique est sans conteste une technologie d’avenir importante, mais le téléphone mobile et Internet étaient également pendant 30 ans des produits de niche avant que le grand boom n’arrive. Et avant que l’impression numérique ne puisse remplacer la photo, ce que les inventeurs de la xérographie avaient en tête il y a une cinquantaine d’années, il a d’abord fallu inventer l’appareil photo numérique. La branche de l’impression, qui a peu d’expériences dans le domaine de la recherche et du développement, a quelques difficultés à comprendre de tels processus de développement de longue haleine et parfois assez compliqués : pour elle, lorsqu’on a une nouvelle idée, il devrait être possible de nommer tout de suite le fabricant à qui passer la commande.
Page first published: 06.12.2006
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