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Interview de Joachim Türk

Joachim Türk
Rédacteur en chef
Rhein-Zeitung
Coblence, Allemagne

« Nous voulons une norme ISO pour la qualité rédactionnelle »
Joachim Türk, rédacteur en chef du Rhein-Zeitung, à propos de la restructuration réussie des éditions papier et en ligne

techniques de presse : Les revenus publicitaires et les abonnés vont généralement en décroissant dans le monde de la presse. Le journal Rhein-Zeitung maintient son cap et se lance dans de nouvelles activités. D’où vient ce succès ?

Joachim Türk : Les sociétaires et la direction ont très vite compris que dans notre zone de pénétration économiquement faible – Eifel, Hunsrück, Westerwald – il est absolument nécessaire de maîtriser les coûts. Certains services de la société d’édition ont été externalisés et des sociétés régionales avec des structures de coûts tout à fait différentes ont vu le jour. Aujourd’hui, nous maîtrisons les coûts et sur cette base nous pouvons nous tourner vers de nouvelles activités.
Parallèlement à cette évolution, l’entreprise s’est toujours intéressée au monde multimédia. Non seulement un nouveau système rédactionnel a été mis en place dans ce but, mais aussi un service en ligne, qui a acheté des participations dans des sociétés de télécommunication et a fêté en 2005 son dixième anniversaire.

tdp : Quelle est la nouvelle structure d’entreprise ?

Joachim Türk : Il faut d’abord savoir que la zone de pénétration du Rhein-Zeitung est très grande ; elle s’étend de Siegen en Rhénanie-Westphalie jusqu’à Mayence. En voiture, cela fait trois heures d’un bout à l’autre. Le Rhein-Zeitung a transféré les tâches commerciales et rédactionnelles à cinq sociétés d’édition régionales autonomes.

tdp : Et toutes les rédactions sont indépendantes ?

Joachim Türk : Oui. Mais elles travaillent suivant des directives établies par la rédaction principale. Une tâche très importante, à laquelle se consacre la nouvelle rédaction principale qui est en place depuis un an, est de formuler des standards afin d’augmenter et de mesurer la qualité. Nous pensons qu’il est possible d’établir une sorte de certification ISO du genre : voilà les titres que nous voulons ; voilà un mix de ce que nous souhaitons. Nous sommes en train d’établir ces directives et nous avons déjà bien avancé.

tdp : Et les autres services de la société ?

Joachim Türk : L’acquisition des annonces et publicités a aussi été transférée aux sociétés régionales. Le service central prend en charge les comptes clés. L’ordonnancement et la coordination sont effectués après une prise de contact, par exemple pour les suppléments. Et bien sûr, il existe des directives pour les normes techniques et des prix standardisés.

tdp : Est-ce que vous touchez davantage de lecteurs et annonceurs avec votre structure régionale ?

Joachim Türk : Bien sûr, mais le développement de cette nouvelle structure est parfois contraire. D’un côté, nous avons ces unités régionales qui prennent de plus en plus d’assurance et d’indépendance – ce qui est voulu pour qu’elles puissent mieux servir leur marché – et d’un autre la société principale exige une qualité et une apparence uniformes. Une unité située au nord de la zone ne doit pas prendre une décision différente d’une unité située dans le sud. Et cette tâche de coordination est plus ardue que nous ne pensions.

tdp : Et comment effectuez-vous la coordination ?

Joachim Türk : La rédaction en chef et le bureau du rédacteur en chef technique forment un groupe qui planifie le journal, établit des standards de qualité et coordonne les reportages. Une téléconférence a lieu chaque jour avec les rédacteurs en chef, qui indiquent quels sont leurs sujets les plus importants. Ensuite nous décidons ensemble des sujets qui seront repris dans toutes les éditions. Les tâches de coordination et de gestion sont plus importantes qu’avant, mais l’avantage, c’est que nous pouvons tirer meilleur profit du marché.

tdp : Vous vous êtes lancés dans les médias électroniques il y a une dizaine d’années. Dans quelle mesure ces nouvelles activités contribuent-elles au succès général de l’entreprise ?

Joachim Türk : Lorsque RZ-Online a été fondé il y a dix ans, on pensait à l’époque que bientôt les journaux imprimés n’existeraient plus : les contenus seraient alors placés sur Internet – gratuitement pour la plupart – et nous gagnerions de l’argent par les publicités. Nous avons vite compris que ce n’était qu’un jugement fallacieux. Nous avons alors acheté des participations – et autant que je le sache nous étions les seuls en Allemagne – dans une société de télécommunication régionale. Cela a été une décision géniale et, en fait, la clé de notre succès. La société en ligne a vite atteint le seuil de rentabilité, ce qui est également dû à la société de télécommunication qui est rentable depuis 2000 et a à nouveau enregistré un bénéfice record en 2005.

tdp : Et au point de vue contenu, c’est un succès également ?

Joachim Türk : Pour moi, les contenus ne doivent pas seulement être lus, ils doivent aussi rapporter de l’argent d’une manière ou d’une autre. En tant que service en ligne, RZ-online était sans conteste un succès. Nous avons plus de 5 millions de Page Impressions dans une région économiquement faible. Les lecteurs étaient satisfaits à l’époque et le sont toujours aujourd’hui. Cependant, les bénéfices ne proviennent pas du contenu en lui-même, mais plutôt des activités axées sur la technique.
En revanche, l’édition ePaper, c’est-à-dire le transfert de l’édition papier sur Internet, a été couronnée de succès. Nous comptons aujourd’hui 3000 abonnés. Ce produit a de l’avenir.

tdp : Vous avez vendu sous licence votre technologie ePaper à d’autres journaux. Combien de journaux ont repris votre solution ?

Joachim Türk : Deux douzaines de titres à peu près. Entre temps, presque tous les journaux ont leur édition électronique. Nous travaillons en ce moment à la prochaine étape : entre autres de nouveaux supports d’affichage, pour lesquels nous coopérons avec des fabricants d’équipements. Nous essaierons dans ce domaine d’être également le numéro 1 en Allemagne.

tdp : Vous-même, vous personnifiez la convergence : rédacteur en chef du journal imprimé et gérant de la société en ligne. Représentez-vous un modèle de réussite pour d’autres ou bien est-ce que cette convergence de fonctions n’est propre qu’à Joachim Türk?

Joachim Türk : Je pense qu’il est important que les personnes reflètent aussi la convergence. Pour tous ceux qui sont responsables d’un service dans un journal, qu’il s’agisse de la vente, du marketing, de la rédaction, il est important de connaître les autres parties. Il est important que le personnel de l’imprimé connaisse aussi les produits en ligne pour bien planifier. Car l’avenir appartient à un marché où les deux parties ont la même importance.

tdp : La rédaction travaille-t-elle pour l’imprimé et le service en ligne ou bien les deux services sont-ils séparés ?

Joachim Türk : Il est impératif de travailler ensemble. Il n’y a pas « une voie en ligne » et « une voie de l’imprimé ». Il n’y a qu’une voie commune, où les deux parties apportent chacune leurs points forts. La coupe du monde de football aura lieu bientôt et beaucoup de matchs commencent très tard. Le service en ligne peut ici compléter l’imprimé. Tant que les lecteurs comprennent que les deux sont des offres journalistiques, le mot journal ne voulant pas dire exclusivement journal papier, nous aurons du succès. Si nous considérons ces offres comme deux produits séparés ou si nous les commercialisons sous deux marques différentes, c’est l’échec.

tdp : La commercialisation se fait-elle pour les deux ?

Joachim Türk : Oui, tout est centralisé, tout se trouve en une main. Pour les élections du Bundestag, nous avions par exemple des offres communes pour les jeunes. Ces offres ont été réalisées par de jeunes gens, par nos stagiaires au journal. La publicité a été effectuée dans l’imprimé et en ligne et cela a été un succès.

tdp : Votre service publicitaire est-il aussi responsable des deux supports ?

Joachim Türk : Il s’occupe des deux et il est certainement possible de compléter encore les offres. Très tôt, nous avons placé des annonces rubriquées en ligne moyennant un supplément. C’est un modèle que nous poursuivons avec succès depuis longtemps. Mais je pense qu’il est possible d’en faire plus. A mon avis, le marché des annonces rubriquées fonctionne davantage sur le modèle des activités en ligne. Il faut savoir penser en ligne pour pouvoir défendre le marché des annonces rubriquées pour les journaux imprimés.
Au service marketing, la différence entre service en ligne et imprimé a été faite pendant longtemps, mais elle disparaît peu à peu.

tdp : Quel est votre objectif pour la fin de l’année ?

Joachim Türk : La rédaction principale s’intéresse principalement à l’imprimé, car au point de vue chiffre, c’est notre activité clé. Nous voulons tout d’abord améliorer la qualité et aussi vérifier si ce que nous proposons correspond encore aux besoins du marché. Nous allons donc vérifier si les éditions locales sont judicieusement délimitées géographiquement parlant et quelles sont les offres que souhaiteraient avoir les lecteurs. La société d’édition est ouverte à ce genre d’investigations.
Quant au service en ligne, nous souhaitons encore plus qu’avant complémenter l’offre imprimée. Il y a des domaines dans lesquels le service en ligne est plus fort que l’imprimé et est donc le leader. Il y en a d’autres où c’est l’imprimé qui est le plus fort et le service en ligne sert de complément. La clé du succès, c’est de mener les deux de front.

L’interview a été menée par Klaus von Prümmer.


Page first published: 09.02.2006

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