Mettez vos opérateurs mobiles sur la sellette
Stig Nordqvist, Business Development Director, Ifra Nordic, Stockholm, nordqvist@ifra.com
Paradoxalement, le développement des nouveaux services mobiles est en stagnation, et ce malgré les nouvelles technologies et les téléphones mobiles de plus en plus perfectionnés. Seuls quelques marchés comme la Finlande, le Japon et la Norvège tirent leur épingle du jeu.
La faute en revient aux opérateurs de téléphonie mobile. Quand on procède à une analyse des marchés du monde entier, les échecs et les réussites s’expliquent d’eux-mêmes. Dans les marchés prospères, les opérateurs mobiles se sont donné pour priorités de :
1. simplifier l’utilisation pour les consommateurs. Je ne dois pas avoir de mal à configurer mon portable pour les MMS et le WAP, et surfer, c’est-à-dire utiliser des services mobiles ;
2. proposer des tarifs attrayants ;
3. attribuer aux fournisseurs de contenu sur mobile une part élevée des recettes, afin de garantir que le choix de services continue de s’étendre ;
4. faciliter aux fournisseurs de contenu la production de contenu pour cette plate-forme.
Malheureusement, la majorité des opérateurs ne font rien pour simplifier la vie des utilisateurs de téléphones mobiles. Ceux-ci se limitent généralement aux fonctions de parole et de texte (SMS), car effectuer les configurations nécessaires à l’utilisation des autres services est trop compliqué. De plus, les opérateurs prélèvent entre 20 et 80 pour cent (suivant le pays et l’opérateur) des recettes de votre service juste pour la mise à disposition de l’infrastructure. C’est comme si le bureau de poste prélevait entre 20 et 80 pour cent du montant d’un chèque uniquement parce que ce dernier avait été envoyé par courrier. Je suis conscient qu’il y a d’autres questions importantes sur lesquelles les éditeurs doivent se battre. Mais le plus crucial pour eux est de faire comprendre aux opérateurs qu’ils ne peuvent attendre de croissance que d’une conjoncture ou d’une perspective plus orientées vers le marché. La solution ne consiste pas à offrir du vidéo messaging mobile, voire des services encore plus avancés. La condition sine qua non à la vente de contenu sur mobile est un partage équitable des recettes. A titre d’exemple, au Japon, les fournisseurs de contenu gardent 91 pour cent des recettes. Ce modèle est en place depuis 1999, c’est-à-dire depuis le lancement de l’i-mode. Aujourd’hui, grâce à cette approche dynamisante, on dénombre plus de 86 000 portails de contenu. De plus, l’utilisation est élevée, en raison du vaste choix de services offert.
Il faut l’avouer, en Europe, les fournisseurs de contenu ne gardent que 20 à 50 pour cent des recettes. C’est même pire dans certaines autres régions du monde, comme aux Etats-Unis ou en Inde. Mais certains «nouveaux» marchés, comme la Chine en particulier, prélèvent depuis le début 85 pour cent des recettes, et essaient de respecter les quatre règles énoncées cidessus. Ce faisant, le marché chinois s’est développé très rapidement. Il existe quelques autres exceptions dans le monde, comme la Finlande, la Norvège et les Philippines. Il est étrange d’entendre les opérateurs de télécommunications parler de la prochaine génération de mobiles et de la manière dont ils prévoient d’augmenter leurs recettes avec le trafic de données, alors qu’ils ne font rien pour tenter de le dynamiser.
Les actualités, l’« information-divertissement » et autres services du même type sont beaucoup plus utiles que la musique et les jeux mobiles.
Ne me comprenez pas mal, j’adore écouter de la musique sur mon Sony Ericsson. Mais cela ne suffit pas à créer une valeur client élevée.
En conclusion, les services mobiles ne représentent pas un marché lucratif pour les éditeurs, mais ils peuvent constituer un outil vital pour les ventes d’annonces, l’interactivité, et pour établir une relation de confiance avec le client – si tout cela est fait avec bon sens.
Page first published: 04.09.2005


