Florian Nehm, responsable des questions européennes et du développement durable au groupe Axel Springer AG, Berlin.
Les trois sites d’impression du groupe Axel Springer en Allemagne (à Berlin-Spandau, Essen-Kettwig et Ahrensburg) ont été enregistrés au titre de l’éco-audit de l’Union européenne. Enregistrée dès novembre 1995, l’imprimerie d’Ahrensburg a été la première à obtenir cette validation en Europe. L’éco-audit repose sur une démarche volontaire et consiste à contrôler les mesures de protection de l’environnement mises en œuvre sur les sites de production d’après des critères d’ordre écologique. Tous les trois ans, les sites enregistrés publient un programme environnemental dans lequel ils font des propositions concrètes d’amélioration. Leur réalisation est surveillée par des experts indépendants. Florian Nehm est responsable du développement durable au groupe Axel Springer (www.axelspringer.com/sustainability).
IFRA : Pourquoi les journaux doivent-ils s’investir dans la protection de l’environnement et le développement durable au-delà de ce qui est prescrit par la loi ?
Florian Nehm : Une société de presse est plus crédible lorsqu’elle parle dans ses colonnes d’environnement et de développement durable si elle montre elle-même l’exemple. Les groupes de presse modernes ont donc ceci de bien qu’ils connaissent sur le bout des doigts les différents maillons de leur chaîne de production – de la forêt à l’imprimerie, la distribution et le recyclage du papier en passant par la fabrication de ce dernier. En effet, les plus crédibles dans l’exercice de leurs « responsabilités » sont ceux qui sont capables de donner des « réponses ».
IFRA : Qu’entend-on par gestion de l’environnement ? Sa mise en pratique est-elle prescrite par la loi ou les entreprises peuvent-elles décider elles-mêmes si et comment elles veulent aborder ce sujet ?
Florian Nehm : La gestion de l’environnement consiste à maîtriser et optimiser certains aspects décisifs pour l’écologie comme les émissions de dioxyde de carbone, les déchets, les eaux usées, le recyclage et l’efficience des matières premières. De nos jours, bon nombre de ces aspects jouent aussi un rôle très important sur le plan économique. Beaucoup de choses sont régies par la loi. Mais il existe encore d’importantes marges de manœuvre pour l’engagement volontaire.
IFRA : À qui une société de presse peut-elle s’adresser pour y voir plus clair ?
Florian Nehm : La BDZV (Bundesverband Deutscher Zeitungsverleger = fédération des éditeurs de journaux allemands) et la bvdm (Bundesverband Druck und Medien = association pour l’impression et les médias) ont un savoir-faire et des contacts dans ce domaine.
IFRA : La certification environnementale est-elle une mesure qui convient à toutes les entreprises quelle que soit leur taille ?
Florian Nehm : Dans les imprimeries du groupe Axel Springer, l’enregistrement au titre de l’éco-audit de l’Union européenne s’est avéré utile. Une fois rédigée, la déclaration environnementale sert de check-list permettant de vérifier si l’on a bien pensé à tous les aspects environnementaux importants. L’audit externe confère une crédibilité supplémentaire à l’ensemble.
IFRA Mag : Les systèmes ISO 14001 et EMAS sont-ils comparables ? En existe-t-il d’autres ? Qu’est-ce que vous recommanderiez ?
Florian Nehm : L’ISO 14001 et EMAS sont les principaux. Ces deux procédures se ressemblent beaucoup et sont très appréciées. L’un des avantages de l’éco-audit de l’Union européenne réside dans l’obligation qu’a l’entreprise de publier une déclaration environnementale. Les employés, voisins, clients et autorités peuvent ainsi se faire une meilleure idée des objectifs concrets du programme environnemental par exemple.
IFRA : Qu’est-ce que coûte une certification ? Quels sont les moyens à mettre en œuvre ? Quelle est la fréquence à laquelle une entreprise doit se soumettre à un audit pour conserver sa certification ?
Florian Nehm : Au début, c’est-à-dire lors du premier audit, il y a un processus d’apprentissage important. Mais la rapidité et l’expérience augmentent à chaque audit. Dans le cas d’EMAS, un grand contrôle a lieu tous les trois ans et un plus petit tous les ans. On peut s’adresser à la bvdm pour obtenir une liste des auditeurs habilités à fournir ce type de service ou regarder tout simplement dans les déclarations environnementales d’autres imprimeries.
IFRA : Lors de la production d’un journal, quels sont les domaines les plus importants d’un point vue écologique ? Quels sont donc ceux nécessitant une attention particulière ?
Florian Nehm : La collecte et le recyclage des vieux papiers sont importants. En ce qui concerne la fabrication de papier à partir de fibres non recyclées, il faut veiller à la transparence ainsi qu’au respect des principes écologiques et sociaux le long de la chaîne du bois et du papier qui, souvent, ne se cantonne plus de nos jours à un seul pays, mais s’étend au-delà des frontières. Où le bois, la matière première du papier, a-t-il poussé, comment le transporter en respectant l’environnement, quel est le taux d’émissions et de déchets produit par mon imprimerie ? – autant de questions importantes auxquelles les fabricants de papier et les sociétés d’édition peuvent très bien répondre aujourd’hui pour leurs produits respectifs et qu’ils peuvent mettre sur la place publique.
IFRA : Le papier FSC ou tout autre papier certifié issu d’une gestion durable de la forêt joue-t-il un rôle dans la production de journaux ? Est-il plus cher que le papier recyclé ? N’est-il pas plus écologique d’utiliser du papier recyclé ?
Florian Nehm : L’offre de papiers d’impression certifiés – qu’ils l’aient été par le PEFC ou le FSC – croît plutôt lentement. La vdp (Verband Deutscher Papierfabriken = association des usines à papier allemandes) à Bonn peut donner des renseignements précis à ce sujet.
IFRA : Qu’est-ce qui serait encore important de prendre en compte lors des achats de papier ?
Florian Nehm : Il est par exemple intéressant d’aborder une bonne fois pour toutes la question des normes écologiques avec le fabricant de papier, surtout lorsque le bois utilisé comme matière première dans la fabrication de papier à base de fibres non recyclées provient d’un pays n’appartenant pas à l’OCDE comme la Russie. Quelle garantie a-t-on que le bois a été abattu légalement ? Comment s’assurer qu’en matière de biodiversité, la liste rouge des espèces menacées diminue grâce à des méthodes d’exploitation des forêts appropriées au lieu de s’allonger.
IFRA : Qu’en est-il de l’impression « climatiquement neutre » ? Que faut-il en penser et quelles possibilités une imprimerie de presse a-t-elle ?
Florian Nehm : Le climat est un sujet d’actualité partout dans le monde. Pour les entreprises, il s’agit tout d’abord de comptabiliser avec précision leurs émissions de dioxyde de carbone. Quel est le volume de dioxyde de carbone produit par notre activité ? Quel est notre bilan carbone ? Elles passent ensuite en revue les différentes possibilités qui s’offrent à elles pour économiser l’énergie et utiliser des sources d’énergie sobres en dioxyde de carbone et envisagent bien entendu aussi des solutions pour neutraliser les émissions préjudiciables au climat par des projets de compensation répondant aux exigences du protocole de Kyoto.
IFRA : Les mesures sont pour la plupart mises en œuvre par les employés. Comment peut-on les sensibiliser à la protection de l’environnement et les mobiliser à cette cause ?
Florian Nehm : Il est capital que la direction de l’entreprise soit elle-même sensibilisée et acquise à la cause de l’environnement. Sans son impulsion motivante ni son soutien inconditionnel dans la gestion de l’environnement, cela ne peut malheureusement pas marcher durablement. Un éco-audit ou même un état des lieux de l’environnement ou du développement durable peuvent être d’une aide précieuse dans la poursuite de cet objectif.
Page first published: 28.02.2008